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  • Oli Moreaux

Quand la météo a Malte

Mis à jour : 1 mars 2019

Il était 20H07 ce samedi 23 février quand l’info est tombée sur la page Facebook de l’organisateur. En raison des prévisions climatiques plus alarmantes que prévu, le comité organisateur en concertation avec les autorités du pays a pris la décision d’annuler les épreuves prévues dans le cadre du 33ième marathon international de Malte.

Et on ne peut que leur donner raison tant la tempête qui a secoué l’île ce dimanche a été violente. A part au cinéma, je ne me souviens pas avoir assisté à un tel spectacle d’une mer en furie, agitée par des vents à 11 Beaufort. Un chauffeur de taxi nous avouera par après que les Maltais n’avaient plus vu cela depuis …1979.

Du Sun Roof de l’hôtel, le spectacle était ahurissant. Des creux de 10 mètres dans la baie de Sliema, des vagues qui submergeaient le pont sous lequel nous avions navigué la veille, des rafales qui nous imposaient de nous tenir fermement. Les grues qui hérissent le sol maltais tremblaient sur leur socle, les voiles qui ornaient les échafaudages se sont rapidement déchirés pour laisser apparaître les façades en plein ravalement. On ne comptait plus les arbres arrachés, les poteaux tombés, les échoppes du front de mer soufflées comme fétus de paille.

A l’intérieur de l’hôtel à forte connotation anglaise, on s’occupe comme on peut. On erre du bar aux fauteuils, on descend à la salle de fitness, on scrolle sur son portable. Les Anglais se massent devant l'écran géant mais le signal est perturbé et le match de foot qu'ils suivent est haché par des interruptions incessantes.

Ce matin, le comité organisateur a fait savoir que les participants étrangers pouvaient aller chercher la médaille de finisher. Le centre commercial est distant de 500 mètres et je me mets en route avec quelques téméraires. Le spectacle est désolant et par moment, alors que la plage est à plus de 50 mètres, des vagues poussées par le vent nous rattrapent et nous arrosent copieusement. Des débris divers jonchent le sol, certaines vitres qui séparent les balcons ont explosé et les morceaux de verre s’éparpillent sur les trottoirs. Un fauteuil en rotin abandonné sur la terrasse d’un immeuble a mis fin à ses jours en faisant le grand saut. Il gît désarticulé à même la rue. Nous devons nous cramponner à chaque poteau, nous cacher derrière les murets, garder les yeux levés pour voir venir les objets volants parfaitement identifiés qui risquent de nous tomber dessus. Nous avançons pliés en deux afin d’offrir au vent le moins de résistance possible. On n’a pas couru mais la médaille, on l’aura bien méritée.

Lundi 25, Malte a la gueule de bois. L’heure est à la constatation des dégâts et ils sont importants. Les ouvriers s’affairent à déblayer les passages, à redresser les bateaux. Certains autochtones ramassent les poissons que la mer a laissés sur les trottoirs.

Les poissons à même les pare-brises

Les rues sont couvertes de sable, de graviers, de détritus divers. Alors qu’un van nous emmène visiter Gozo, nous découvrons avec stupéfaction les stigmates de la tempête. A revoir donc, sous un météo plus clémente, pour comprendre ce qui a fait de cette île une attraction mondiale et pourquoi son patrimoine est classé par l'Unesco. A revoir aussi pour courir ce marathon en descente et ne pas rester sur ce sentiment d'inachevé.



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