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  • Oli Moreaux

Semi Marathon de Krka, sauvage à souhait

Mis à jour : 21 avr. 2019


Après quelques semaines d’arrêt suite à une blessure au mollet, j’ai eu le plaisir d’à nouveau agrafer un dossard ce samedi 13 avril. Et pas n’importe quel dossard vu qu’il s’agissait de celui du semi-marathon de Krka, couru dans le parc national du même nom en Croatie.

La Krka est une rivière qui traverse la Dalmatie pour se jeter dans l’Adriatique via le chenal de Sibenik. Son parc est aussi célèbre que les chutes de Plitvice et propose plusieurs curiosités au sein d’une nature magnifiquement préservée. Des cascades de Skradin à la chute de Brljan, du monastère de Krka à l’île de Visovac, la rivière s’étire entre deux parois, dans une vallée parfois large, parfois encaissée et seuls les cris des oiseaux troublent la quiétude des lieux.

Invité par Robert Frankovic, le président de Run Trek Croatia, nous avons pu, ma petite femme et moi, bénéficier de deux dossards pour le semi-marathon qu’il organise dans cet endroit pour le moins insolite. Première bonne surprise au retrait des dossards, le sac traditionnel recèle non seulement le tee-shirt et les boissons qui sponsorisent la manifestation mais également un ticket d’entrée pour visite du parc national de la Krka le jour de son choix pendant le week-end.

Le matin de la course, des cars rassemblent les participants dès 6h30 au départ des villes avoisinantes pour les emmener à Burnum où sera jugée l’arrivée des deux courses. Imaginez une étendue désertique, lunaire avec pour tout décor des pierres et une végétation qui s’éveille à peine après l’hiver. Au milieu de ce reg, une route impeccablement asphaltée qui ferait pâlir d’envie un automobiliste belge et soudain, à gauche, un panneau indique la présence d’un amphithéâtre romain. L’idée paraît incongrue mais il est bien là, à 100 mètres de la route. Un autre panneau nous renseigne sur son origine, sa découverte et sur les fouilles qui y sont menées. C’est là qu’est installé le QG de la course et où les participants font la file pour retirer leur dossard.

Il est 8H50 quand je stationne notre véhicule de location dans le vaste parking sous les injonctions d’un bénévole. Nous emmenons nos affaires dans un petit sac, le départ n’est fixé que dans une heure et si le soleil est présent, le vent est plutôt frais. Nous montons dans les cars prévus par l’organisation et qui vont nous mener au départ. Il est 9H15 quand nous y arrivons après avoir parcouru à peine 5 km. Le parcours de la petite distance avec sa longue descente vers la rivière et la remontée qui suit. Tout à l’heure, on y passera en courant comme en témoignent les bornes kilométriques et les arches sous lesquelles les cars se faufilent.

La Krka a creusé son lit au fil des millénaires.

Les méandres de la Krka

C’est une profonde cicatrice verte au milieu d’un désert à peine troublé par quelques villages disséminés çà et là. Au moment de descendre du car, il nous reste 45 minutes à patienter avant le départ. Les coureurs font des photos, répondent à des interviews réalisées par la télévision nationale croate. Malgré qu’il ne s’agisse que de la deuxième édition, la course est déjà internationale vu qu’on y note des Hongrois, des Bosniaques, des Serbes, des Macédoniens, un Norvégien, des Néerlandais, deux Belges et … des Kényans qu’on retrouvera bien entendu sur les plus hautes marches du podium.

10 H et le départ est donné. On ne sacrifie pas à la tradition du compte à rebours et la troupe s’élance. Revenant à peine de blessure, je me mets à trottiner. Très vite, je me retourne et m’aperçois qu’il reste derrière nous à peine une dizaine de coureurs alors qu’on est presque à 10 km/h. Soit le niveau est très élevé, soit les participants sont partis bien trop vite.

Les premiers kilomètres sont paisibles. On descend calmement une route bien asphaltée perdue au milieu du désert. Le « Walking on the moon » de Police me vient à l’esprit. A part des coureurs devant et derrière nous. Il n’y a rien si ce n’est ces paysages tranquilles et ces collines qui peuplent l’horizon.

Soudain, la route oblique vers la droite et nous quittons la chaussée pour rentrer dans l’arrière-pays comme on l’appellerait chez nous. Nous traversons un premier village dont nous multiplions temporairement la population par 10. Le premier ravitaillement nous attend et nous continuons notre route. Sur la droite, les méandres de la Krka nous offrent un paysage saisissant avec les ruines d’un château fort. Les villages se succèdent avec à chaque fois un accueil chaleureux de la population locale. Des petites vieilles édentées, toutes de noir vêtues et fichu sur la tête nous encouragent d’un signe de la main ou d’un petit cri que nous ne comprenons pas. La population est vêtue chaudement et cela contraste avec les coureurs en short et singlet. Si le parcours est généralement rectiligne, les petites bosses se succèdent sur un bitume d’une qualité étonnante pour les lieux. Nous sommes

également surpris par le nombre de chapelles, calvaires ou potelles qui jalonnent le parcours.

Nous arrivons à la petite ville d’Oklaj où se trouve le turning point et le kilomètre 10. Le village est un peu plus important et des habitants installent des ravitaillements non officiels. On peut y boire un coup ou y remplir sa gourde. Nous remontons de plus en plus de concurrents partis bien trop vite. Depuis la mi-course, les ravitos ne sont plus seulement liquides, ils proposent également oranges et bananes en quantité suffisante. Il en reste largement pour nous qui sommes dans le dernier quart du peloton.

La course se durcit au fil des kilomètres car la route s’élève quelque peu. Personnellement, je n’ai aucun souci de souffle étant donné que je cours très lentement pour préserver mon mollet mais les concurrents que nous dépassons sont dans le rouge. Il n'y a plus aucun village et la seule population que nous rencontrons est un troupeau de moutons faméliques encadré par un berger et son chien.

La descente et la remontée qui suit

Enfin, nous arrivons au 17ième kilomètre et à l’avant dernier ravitaillement. C’est ici que les Romains s’empoignèrent. La route descend de façon vertigineuse jusqu’aux rives de la Krka et nous perdons 70 mètres d’altitude en moins d’un kilomètre. Le panorama est saisissant mais en bas, la remontée nous attend et si le décor est grandiose, la pente n’en est pas moins âpre.

Au-dessus, dernier ravitaillement. Les concurrents arrivent au sommet exténués sous l’œil d’un photographe de l’organisation. Il reste à peine 2 km pour rejoindre l’amphithéâtre de Burnum et le parcours passe le long des deux arches qui ont résisté aux affres du temps.

Les arches de Burnum

Le soleil est désormais bien présent et c’est accompagné de ses rayons que je franchis la ligne entre deux légionnaires.


Quoi d’autre qu’une médaille en pierre du pays pouvait mieux récompenser cet effort ? Une bénévole souriante me la glisse autour du coup

Les médailles en pierre, parfait symbole de la course

et nous nous dirigeons vers le ravitaillement et le repas offert par l’organisation. Des pâtes à la bolognaise bien chaudes ponctuent ce très bon moment dans un pays dont je suis de plus en plus fan.

J’échange quelques mots avec Robert, l’organisateur et c’est promis, on reviendra à Krka. Pour son caractère sauvage, pour la sympathie de ses autochtones, pour la qualité de l'organisation et puis courir dans des endroits pareils, ça n’a pas de prix. Hvala Hrvatska.

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